Rémi, 56 ans, Mouton Duvernet

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Cela faisait bien longtemps que je n’avais plus écrit. La vie « réelle » ayant repris le dessus. Les œillères avant tout. Je ne vais pas m’en plaindre je crois même avoir été heureuse. Et cette réalité m’a menée à ce gaillard. Regardez-le bien. C’est lui mais ce n’est pas lui. Et il ne sera plus bientôt. Cet homme c’est Rémi.

Nous voilà dans le 14ème. Dans cet appartement que nous avons partagé, rue Mouton Duvernet. Rémi pose pour moi. Il a l’air sérieux alors qu’il ne l’a jamais été, je pensais avoir raté ma photo, je n’avais pas su le capturer. Lui qui n’est que sourire et rire. Aujourd’hui, je le regarde et je ne peux regretter cette photo, celle d’avant la tempête. Il me montrait juste ce qui nous attendait empreint de calme et dignité.

Il y a des personnes qui vous marquent pour une vie, lui en fait partie, le type de rencontre qui vous donne goût à la vie, de celles où on se dit « j’ai de la chance de le connaître », qui vous font sourire rien qu’en évoquant leur nom. Où jamais au grand jamais, une seule pensée négative ne pourrait survenir à leur sujet. Mais attention, ne nous trompons pas il n’a rien d’une personne fade, bien au contraire.

C’est un chat, plusieurs vies en une. Jeune héritier, un peu flambeur puis ruiné « mais je ne regrette rien, je me suis tellement amusé » m’avait-il dit un jour. Plusieurs métiers – journaliste, musicien, écrivain et finalement réparateur de mac, ça l’éclatait de résoudre des problèmes. Des femmes aussi, trois exactement, chacune 10 ans. Je me souviens de son petit sourire en coin lorsqu’elles devaient se retrouver toutes les trois réunies pour le mariage de son fils, un sourire entre anxiété et satisfaction, petit lion au milieu de ses donzelles…

Pour moi c’est un chat même si lui se défini comme un tamanoir. Oui, un tamanoir ?!? Le pourquoi, j’ai oublié, il m’avait donné une explication rationnelle derrière tout ça mais je le soupçonne de n’avoir choisi cet animal – relativement affreux et difforme – que pour le plaisir de se démarquer par un animal auquel personne ne pourrait penser. Il a même été jusqu’à parrainer le tamanoir de zoo de Vincennes mais franchement qui aurait pu penser à faire ça ? On aurait dit un gosse exhibant fièrement le certificat de parrainage de son petit protégé. Ça m’a toujours troublée mais surtout attendrie à quel point certains hommes – jeunes ou moins jeunes – ont cette capacité de passer d’un état de virilité absolue à celui de petit garçon. Lui avait ce don et bien d’autres.

Je crois que ce que j’ai le plus admiré chez lui, c’est son goût pour la vie, sa capacité à aimer, à écouter, et cette envie de continuer à apprendre des autres, peu importe leur âge, origine sociale ou sexe.

La première fois qu’on s’est rencontrés, aïe aïe mon dieu que je n’étais pas sereine d’arriver dans cet appart. Je revenais à Paris, il me fallait un truc, j’avais vu l’annonce sur le bon coin, l’appart sympa, pas cher, idéalement situé à quelques stations de métro du boulot, et de toute façon c’était censé être temporaire, parfait. Mais lui de ce que j’en savais, l’âge d’être mon père ! J’oscillais entre la peur de faire face à un vieux con ou d’un violeur. En cinq minutes, il a effacé toute appréhension de ma part. On a discuté de tout et de rien, c’était simple, c’était naturel, c’était agréable. Le temporaire est devenu permanent et la discussion a continué pendant presque deux ans.

La seule fois où je l’ai vu triste c’était sa rupture entamée avec Anaïs – Nana, petit bout de femme aussi attendrissante qu’intrigante. Allez savoir pourquoi, prise d’un délire mystique j’ai été mettre un cierge à la Madeleine – 24h plus tard, l’amante distante est devenue amoureuse éprise. Il y a eu quelque chose de magique entre eux deux dans les semaines qui ont suivi et jusqu’à aujourd’hui.

Autant dire que j’ai retenté l’expérience pour moi – maintes fois – des petites églises, des grandes, des cathédrales, à Paris, en province et même à l’étranger – divers continents inclus, j’ai entretenu à moi seule une bonne année de catholicisme… sans succès, aucun. Je suis retournée à la Madeleine, j’ai insulté Marie.

Mais surtout toi, Rémi pendant tout ce temps-là, à chaque fois que mes larmes ont trop coulé pour un garçon, je te voyais revenir à la maison avec un énorme bouquet de fleur. Je pensais t’avoir encore longtemps à mes côtés, partager à nouveau des diners avec toi, Anaïs, tes enfants, faire des scrabbles le dimanche après-midi, parler du dernier film que l’on avait vu, arriver en pleurant, en riant, et parfois en hurlant, me laisser porter par ta sagesse, me laisser surprendre par tes histoires… Ces larmes aujourd’hui pour toi, si tu es loin comment peux-tu les calmer ?

Je t’envoie tous les miaous du monde.

 

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