Paris est-elle vraiment la ville de l’amour ?

Paris est sans aucun doute la ville de prédilection pour tous les amoureux. Des lieux sublimes qu’il fasse beau, qu’il pleuve ou sous la neige, de jour comme de nuit, à pied, en voiture ou en Vélib’. Ainsi on se retrouve en été à s’enlacer dans les parcs et en hiver à déguster un chocolat chaud dans un des bars de St-Germain. Les idées de ballades et sorties romantiques ne manquent pas et s’embrasser goulûment dans le métro, en pleine rue, ou à la terrasse d’un café ne choquera pas le passant, loin de là, qui ne saura qu’apprécier ce moment rompant avec la froideur des autres passants et fera remonter en lui des souvenirs ou envies d’embrassades passionnées. À Paris, on aime et on n’hésite pas à le montrer.

Pour trouver cet(te) amoureux(se), ce n’est pas le choix qui manque. Quand on arrive à Paris, on assiste au miracle de la multiplication des pains. Comment autant de belles personnes peuvent-elles être réunies dans un périmètre si restreint ? Il y en a pour tous les goûts et chaque rue amène son lot de nouvelles et bonnes surprises. C’est avec les yeux grands ouverts et un cœur d’artichaut que l’on papillonne, l’anonymat amenant par la même occasion à prendre des libertés. Alors, on fait des rencontres, bonnes ou mauvaises, des histoires se font et se défont. Chaque lieu de la capitale se mue en un souvenir s’enrobant tour à tour de nostalgie, tristesse, haine ou féerie  Un bar, un banc, un quai de gare, un quartier, une station de métro,… La ville devient le conte de nos histoires.

Rencontrer n’est donc pas le problème, l’histoire se corse ensuite, chaque étape de la relation étant vécue comme une montagne à franchir que beaucoup abandonne avant même que la question ne se pose. J’ai souvent entendu dire qu’à Paris, c’est bien plus compliqué qu’en province de s’engager dans une relation sérieuse. La première étape dans la formation d’un couple étant sans aucun doute de se voir, il y a là déjà le premier frein. Être parisien implique pour beaucoup un certain mode de vie où il faut sans arrêt être en mouvance. Entre le boulot passionnant mais prenant, les dizaines d’amis que l’on a pas vu depuis des mois faute de temps, la soirée hyper select qu’il ne faut surtout pas manquer, le yoga de la semaine et j’en passe, c’est à coup d’agenda que l’on se booke pour se voir.

Il faut prévoir et s’organiser mais a-t-on vraiment le temps et l’envie pour ça ? Le coup de cœur est là mais ne nous emballons pas trop vite. Montrer l’image d’une personne disponible ? Inconcevable. La spontanéité, l’émotion de la rencontre fait vite place à la rationalisation. Et nous voici déjà calculette en main à peser le pour et le contre, à comparer ce qui n’est pas comparable pour finalement aboutir à la conclusion que non, ce ne sera pas possible, pas l’envie, pas le temps. On tue l’oiseau dans l’œuf  Il y a des couples qui se forment tout de même à Paris, me direz-vous. Oui, c’est vrai. Ceux-là sont sans aucun doute des miraculés. La bonne personne, au bon endroit, au bon moment, une équation quasiment aussi rare que de tomber sur les bons chiffres du loto.

Alors à Paris peut être plus qu’ailleurs, on zappe. On passe d’une histoire à une autre le cœur presque léger, et puis si ça n’a pas marché, cela prouve bien que ce n’était pas la bonne personne, n’est-ce pas ? Probablement… Mais plus qu’une histoire de bonne personne, l’autre raison n’est-elle pas aussi que trop de choix, tuerait le choix ? Dans la quête perpétuelle d’un meilleur soi, on cherche le meilleur autre. Ce meilleur autre se cache bien quelque part, il suffit de chercher et d’attendre l’évidence. Mais comme dans un supermarché, il faut déjà définir ce que l’on vient y chercher si on ne veut pas finir avec un caddie rempli de choses inutiles. Et nous voilà de nouveau à rationaliser l’être idéal, la perle rare qui surpasse toutes les autres.

Shopping liste de la «perle rare» : une personne qui effectue tel type de job ou tel type – (et donc avec un revenu minimum de x K€ par an), idéalement plus de x ans mais pas plus de x ans, mesurant entre x et x cm, qui vivrait dans tel ou tel quartier (à savoir pas trop loin de mon lieu d’habitation, c’est une question pratique), si possible fumeur occasionnel, qui boit de l’alcool mais pas trop et surtout qui sait se tenir en toutes occasions, fréquentant tels endroits, avec des amis cools bien sûr et intégrés à la vie parisienne, de telle ou telle ou religion, autres religions non tolérées, et bien entendu rassemblant toutes les qualités humaines proche de la perfection, charme et charisme vivement conseillé, drôle, dotée d’intelligence et ayant de la répartie, s’intéressant à la culture et aux voyages, qui sait fournir de l’attention, avec de l’ambition, etc., etc.

Autant dire une personne introuvable. Mais admettons que l’on trouve cette personne ou tout simplement que l’on revoit ses ambitions à la baisse. Elle est là, on se met en couple, on l’exhibe autant que possible, une idylle commence. La prochaine étape étant l’emménagement. Aïe. C’est le moment où il faut faire face à une réalité ayant sans aucun doute fait rompre de nombreux couples : la crise immobilière à Paris. Soyons réalistes, emménager avec une personne, c’est déjà prendre un énorme risque, ça passe ou ça casse. Alors quand le risque est multiplié par la crise du logement à Paris, il y a de quoi freiner des quatre fers. La vie en couple, impliquant forcément une augmentation des mètres carrés si on ne veut pas finir par s’entre-tuer  engendrent deux problèmes de taille : quitter son appartement et en trouver un nouveau.

Ces deux problèmes étant fortement liés à la capacité de financement de ce nouvel amour. Vivre à Paris, ça coûte cher, donner une chance à son amour à Paris, ça coûte encore plus cher. Alors quand les poches sont déjà vides en milieu de mois (tout est passé dans le shopping, les sorties et les impôts), forcément on y réfléchit à deux fois. Il s’agit donc premièrement de faire le deuil de son appartement que l’on a depuis suffisamment de temps pour que les loyers aient trop augmenté entre deux pour avoir aussi grand, aussi bien, au même prix. Donc si ça ne marche pas avec cette personne, il faut se faire à l’idée que non seulement on sera seul mais qu’en plus double punition, il faudra renier sur son pouvoir d’achat futur (bah oui, dans six mois ça aura encore augmenté).

Ensuite, il y a bien entendu la galère de trouver un nouvel appartement où il s’agira d’être à l’affût de la moindre nouvelle offre, de parcourir pendant des semaines Paris de long en large pour en trouver un nouveau, de supplier les personnes de son entourage (avec de grosses fiches de paye) de se porter caution, de faire des courbettes aux propriétaires parisiens (souvent imbuvables) et prier Sainte Rita pour que son dossier soit accepté. Sans parler des frais engendrés pour le déménagement, la nouvelle caution à verser, les meubles à racheter, etc. La bonne nouvelle au final étant quand même que l’on aura plus grand pour moins cher par tête de pipe et bien entendu la joie de vivre avec l’élu(e) de son cœur.  Soit ! On remet chouchou dans la balance avec l’élément «argent» de l’autre côté et on regarde de quel côté ça penche. Nous dirons que ça passe, juste, mais ça passe ;-).

On est encore à des années lumières des étapes du mariage et de l’enfant mais une autre bonne nouvelle non négligeable est qu’apparemment, contrairement aux idées reçues, le taux de divorce à Paris ne serait pas beaucoup plus élevé que celui dans le midi. Certes, cela reste le plus fort de France tout de même mais nos amis sous le soleil n’ont pas tant de leçons que ça à donner aux parisiens. Et puis, quand le vent commencera à tourner pour le couple parisien, il restera toujours le refuge de la maison de vacances en Bretagne pour ressouder le couple. Parce qu’à Paris, de toute façon pour continuer à y vivre sur du long terme, il faut surtout pouvoir en partir et en avoir les moyens. Et finalement même si tout ça ne marche pas, on peut toujours se consoler avec ces quelques paroles d’une chanson de Paris Combo : «C’est-y pas beau, ça, monsieur, qu’aux plaisirs de l’amour, on y, on y, on y revient toujours / Même quand ça nous joue de biens sales tours / (…) / Mais l’important nous dit-on, c’est de participer / Au plus grand des marathons, sans se décourager».

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