Georges, 28 ans, Dandy moderne @ Bar le Bodega Bay

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Sans vouloir l’enfermer dans une case mais tout en cherchant à le recontextualiser de la manière la plus juste, Georges est probablement ce que l’on pourrait qualifier de dandy du 21ème siècle dans son sens le plus péjoratif comme valorisant – tout dépend de l’angle de vue. Il évolue dans un milieu où tout le monde ne peut pas avoir ses entrées, celui de la vie parisienne d’une certaine «élite». Une appartenance à ce groupe, dont il faut maîtriser les codes, qui s’obtient de naissance ou par apprentissage. Pour Georges, il s’agit du deuxième type ce qui lui permet peut être de s’en distancier plus aisément par moment. Leur devise : être au bon endroit avec les bonnes personnes. Un petit jeu teinté d’obligation auquel il se prête volontiers. Dans sa vie tout est pensé, réfléchi, maîtrisé et pourtant elle s’apparente à une certaine forme de chaos. C’est un de ceux qui se posent sans arrêt des questions mais qui n’en trouvent jamais les réponses. Georges est un paradoxe. Il est tout et son contraire : parisien sans être parisien, profond et superficiel, idéaliste et désenchanté, heureux et dépressif, logique et déraisonné… Comment retranscrire cet entretien sans en dénaturer les propos et que le tout tienne sur une page (ou presque) ? J’ai cherché à ordonner, créer des liens, n’en retenir que l’essentiel. Impossible. Tout se mêle, s’entremêle pour finalement ne pas savoir qui il est et ce qu’il pense. Pour éviter toute posture qui ne mènerait qu’à une vision manichéenne du personnage, voici donc quelques extraits plus ou moins bruts.

Pour tenter de le cerner dans un premier temps, ressortez de vos bibliothèques Madame Bovary de Flaubert, son livre préféré «c’est l’histoire qui guide ma vie, celui qui raconte nos vies, je le trouve fabuleux et universel». Madame Bovary, c’est lui, une «salope»… un terme grave utilisé de manière légère qui ne sert au final qu’à s’excuser d’un comportement, Madame Bovary une victime qui se fait bourreau, une irresponsable qui ne sait que trop bien ce qu’elle fait «quand je la traite de salope c’est moi que je traite de salope en fait. Je me reconnais à travers elle, cette forme d’illusion par rapport à la vie, des attentes très grandes, romanesques… Une forme de fantasme, d’idéalisation totale de l’amour et des relations humaines et finalement un désenchantement, une folie. Et au bout de tout ça, il n’y a que l’échec et la mort». Pour lui, une histoire plus que jamais très actuelle «symbole d’une génération en transition qui pense mériter mieux, qui espère mieux et qui prend juste en pleine gueule la triste réalité que la vie est absurde». Une génération bercée de happy end où l’important est de vivre, réussir, s’affranchir, se démarquer, découvrir qui l’on est, s’affirmer pour finalement se rendre compte que nous ne sommes rien, que tout n’est que construction et que dans cette course on détruit l’essence même de ce que nous sommes. L’absurdité de la vie, la frustration, la complexité des relations humaines et leur superficialité… des thèmes récurrents indissociables d’un contexte parisien, de son contexte parisien, de son microcosme quasi exclusivement «maraisien» dont il ne s’éloigne que pour mieux se rassurer et/ou s’inquiéter sur lui-même.

«Paris c’est une ville fantastique un terrain de jeu pas croyable avec une population qui n’est pas forcément à la hauteur. (…) On est dans un lieu magnifique que ce soit l’architecture, les lieux, les atmosphères différentes en fonction des quartiers. Je trouve ça bien mais malheureusement on est une population un petit peu fermée, il y a une grande part d’élitisme, c’est une ville bourgeoise clairement. (…) En termes de relation c’est assez compliqué, on se fait peu d’amis, on se fait surtout des connaissances, on papillonne tout est éphémère on est dans une forme de consommation permanente, c’est agréable mais il ne faut pas qu’il n’y ait que ça et le jour où il n’y a que ça, ça donne envie de vomir d’une certaine façon. (…) Je ne l’évite pas je suis un pur produit de la société. Je disais à un ami qu’on était la pire race existante : on est plus intelligent que la moyenne, on est plus beau que la moyenne, on est plus cultivé que la moyenne et il n’y a rien de pire parce qu’on pense qu’on est les maîtres du monde, on manque d’humilité. A Paris, l’important c’est d’être stylé, on s’en fout que tu sois pauvre, riche, gros, le style pardonne tous les kg en trop, la bêtise. C’est navrant mais c’est réconfortant pour beaucoup d’entre nous. (…) Là où je me déteste un peu c’est que j’aime ce dans quoi j’évolue j’y prends un certain plaisir je me dis ‘tu pourrais être un mec ultra clean et pourtant tu aimes ça’ j’aime la futilité, le superficiel, j’aime papillonner, j’en ai besoin. (…) Je pense qu’il faut un noyau dur d’amis profonds, de gens qu’on aime, de gens qui nous aiment et c’est ça qui permet de ne pas péter un câble face à la superficialité de nos vies». 

Parmi ce noyau dur, il y a Carol, son ami de toujours avec qui il a créé sa propre marque de vêtement pour homme qui s’apparente plus à un concept philosophique qu’à une logique mercantile. En fait, il y a trois ans maintenant, tout juste diplômé et revenant de six mois à Buenos Aires «les six mois les plus beaux de ma vie», Georges s’est retrouvé perdu face à l’obligation pressente de se responsabiliser après une parenthèse idyllique sans trop savoir quoi faire ni où aller. L’envie de s’associer à son vieil ami s’est imposée d’elle-même et leur entreprise est née «c’était une évidence qu’on devait faire quelque chose ensemble, c’est quelqu’un que je trouve brillant, il est très différent de moi mais c’est mon double. Dès qu’il y a une situation où on est ensemble, on sait ce que l’autre pense. C’est ma plus grande histoire d’amour. Il sait la vérité sur moi. On a tous un personnage, on joue tous les jours un personnage, et lui il sait vraiment ce que je pense, ce que je ressens, mes doutes, mes tristesses, je lui dis tout». Un élément stable en qui il a une entière confiance et qui lui permet d’accepter les difficultés car être jeune entrepreneur c’est un choix, un risque mais aussi des sacrifices sur du long terme «tu sais que ça va être dur, tu sais que ça va faire mal mais quand tu y es c’est vingt fois plus dur que ce que tu avais imaginé et c’est même mieux ainsi car si tu avais su tu ne l’aurais peut être jamais fait». Un de ces sacrifices justement c’est le fait de ne pas pouvoir prendre son indépendance et de devoir faire des allers-retours entre le 91 et Paris «tout ce que la société gagne c’est réinvesti dans la boite et payer un loyer je ne suis pas en mesure de le supporter. J’ai 28 ans, c’est pas cool d’habiter chez sa mère, ce n’est pas ultra vendeur socialement. Tous mes potes qui ont leur appart, qui ont leur copine, c’est cool, ça donne envie mais après il y a des choses à faire. Moi, ma priorité c’est la boite, que les choses progressent et tout ça, ça viendra en temps et en heure».

Georges, c’est le stéréotype même du vrai-faux ou faux-vrai parisien, un pied dedans, un pied dehors. Il utilise de lui-même un «on» qui l’englobe dans la masse des parisiens, où plutôt de cette société parisienne qu’il côtoie mais refuse de s’y apparenter «vraiment». En tout cas, ce qui est sûr c’est qu’il en a le style, la parole, les codes. Pour les autres (parisiens) aucun doute, il est des leurs «j’ai pleins d’amis – et je parle bien d’amis – à qui j’ai dit où j’habitais mais quand je leur dis ‘je dois rentrer chez moi’, ils oublient où j’habite. Ça les intéresse tellement peu quand on parle de banlieue qu’on peut dire n’importe quoi, ils oublient. C’est horrible car ils ne le font même exprès. A chaque fois ils me disent ‘non je te crois pas’ et tous les six mois on a la même conversation. (…) J’ai un ami, il me dit ‘écoute Georges c’est comme pour la confection d’un vêtement le made in France, c’est à partir d’un certain pourcentage des éléments du vêtement qui est confectionné en France. Certes, tu ne dors pas à Paris tout le temps mais tu vis à Paris et du coup il y a un certain pourcentage de toi qui est à Paris et donc tu es parisien’ et ça me fait chier quand il dit ça. Peut-être parce que maladroitement c’est ma façon d’avoir l’impression de ne pas être perdu dans cette vie parisienne. Parce que je n’habite pas Paris, ça me permet de prendre de la distance. Quand je suis dans le 91, quand je rentre chez moi, on coupe le son, je retrouve une tranquillité, ça m’apporte quelque chose. Ça me permet de prendre du recul par rapport à ce parisianisme». 

De ces allers-retours entre son chez-lui et Paris (qui est aussi d’une certaine manière un chez-lui), il y trouve probablement le même réconfort que celui de s’éloigner du Marais pour finalement atterrir dans le 11ème (enfin dans un périmètre tout de même restreint qui n’est autre que le bar «la Bodega Bay» et quelques rues alentours…) «le marais c’est Disneyland, je trouve ça épuisant. Il n’y a que des gens qui n’ont pas de personnalité et qui tentent de s’en inventer une, des bandes de connards attablés à «la Perle» alors qu’il n’y a rien là-bas. Le 11ème, j’aime vraiment. C’est un petit peu plus la vraie vie, c’est plus populaire mais faussement populaire parce que de toute façon tout est faux à Paris. C’est plus simple, moins … ça me ressemble peut être plus, c’est plus cool, plus détendu et légèrement en dehors du micro centre. D’un côté tu peux accéder au micro centre en un pas mais tu es quand même à côté. Ce n’est peut-être aussi qu’une tentative pitoyable de ne pas accepter qui je suis et ce que j’aime vraiment… Ça permet de te dédouaner ‘bah non je suis pas complètement maraisien’». Son dernier grand retour à la «réalité», c’était lors d’une semaine de vacances à faire du surf sur l’Île d’Oléron «j’étais avec des roots pendant une semaine, j’étais en tong avec mon short, mes cheveux sales et j’étais heureux. Les mecs, le dernier jour, ils sont tous venus me voir pour me dire au revoir. Ils m’aimaient et pourtant j’avais les cheveux sales, j’étais en short, en tong, je trouvais ça fabuleux, fantastique… une forme de simplicité et une partie de moi a adoré ça. Cette partie, elle veut juste dire ‘ne m’oublie pas, ne te laisse pas happer par des futilités, par l’argent».

Plus q’une simple expérience, cette semaine de surf c’était pour lui un symbole de ce que sa vie pourrait être sans Paris «quand je suis parti de l’Île je me suis demandé : ‘est-ce-que je surferai encore un jour?’ Je me sentais aspiré par Paris. (…) D’un côté c’est accessible mais en même temps on a des priorités dans la vie et on peut facilement passer à côté de choses qu’on aime bien, qui procurent une forme de liberté pour se focaliser sur des choses plus stupides. (…) Je ne veux surtout pas devenir un vieux bobo qui prend un brunch dans le marais à 35 ans avec sa femme jolie mais insupportable, ses enfants beaux mais insupportables, ses amis bobo beaux mais insupportables». Une fin inéluctable ? N’oublions pas Georges que Madame Bovary est une rêveuse qui n’a à aucun moment pris sa vie en main – sauf pour se donner la mort – mais s’est laissée porter par les évènements et les rencontres, suivant et agissant sans jamais réfléchir, s’investissant financièrement et moralement pour des chimères qui n’en valaient pas le coup, attendant des autres ce qu’elle était incapable de s’octroyer : la sensation de vivre. Ce ne sont pas ses illusions qui l’ont tué  – elle n’en avait plus – mais de devoir faire face aux conséquences de ses actes et la honte d’être devenue ce qu’elle est.

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