Paella, 50 ans, artiste-peintre @ Le Frigo

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Paella… un pseudonyme finalement raccourci dont l’origine était anagramme de sa vraie identité et qui fait référence avec humour à ses propres origines espagnoles. Le tout étant à l’image de son oeuvre. Vous n’avez rien compris et pourtant vous avez tout compris. C’est bien là où Paella veut nous  emmener dans ses dires, dans son oeuvre, dans son nom : partout et nulle part à la fois. C’est un artiste qui a les pieds sur terre et dont la cohérence se comprend dans un ensemble. Le coeur de son travail s’articule aujourd’hui principalement (mais pas que) autour d’un personnage qui a une tête en forme de spirale «sans vraiment d’identité» que Paella associe à un texte «il y a une forme de décalage qui rend l’interprétation équivoque. À la fois l’image est un peu énigmatique et le texte, par le biais du double sens, de l’humour, des références, des proverbes, est un peu complexe et alambiqué du coup on n’est pas sûr de savoir exactement ce que l’on interprète ; et l’association des deux qui est aussi en décalage multiplie les chemins possibles de l’interprétation». Ça c’est dit et parce que c’est plus simple en image… ;-)

 

Pour le rencontrer : trouver la seule porte qui soit ouverte dans ce dédale de couloirs et d’étages. Lieu intriguant voire flippant par endroits, c’est avec grand plaisir qu’on s’y perd et qu’on observe les différents graffitis qui en décorent les murs. Grosso modo, le Frigo «ça ressemble à un squat, ça a le goût d’un squat mais ça n’en est pas un». À la fois privé et public, ouvert à tous et portes closes en même temps, on ne sait pas trop si on a le droit de s’y aventurer. Paella y est arrivé en 85, au début de sa carrière d’artiste «on ne va pas dire que ça fait un bail parce qu’on n’a pas de baux mais effectivement ça fait un moment que je suis là». En fait, depuis les débuts du lieu en tant que bâtiment artistique, seul les grosses portes frigorifiques et tuyaux qui serpentent témoignent du passé. Avec d’autres artistes, ils ont investi un espace de 300 mètres carrés (et de l’argent) et fait en sorte que le bâtiment ne tombe pas en décrépitude. Depuis, même si leur statut reste très précaire, il y a une espèce de «flou légal» pour le moment qui leur permet de rester. Et puis, la mairie de Paris (propriétaire du lieu) a d’autres chats à fouetter entre le 104 et le squat rue de Rivoli.

Paella est arrivé au bon moment dans ce lieu car travailler en plein Paris – même si à l’époque il n’y avait quasiment rien à part ce grand bâtiment, aujourd’hui c’est un quartier en pleine effervescence qui apporte son lot de nouvelles constructions tous les mois «ce n’est pas terrible ce qu’ils ont fait mais finalement il y a une vie qui s’installe» – est une chance que les jeunes artistes d’aujourd’hui ne pourraient pas avoir, obligés d’aller toujours plus loin pour trouver des lieux aux loyers raisonnables. Une conséquence à la fois regrettable mais immuable à l’évolution d’une ville «le problème, c’est que l’intérieur de paris soit de plus en plus cher donc porté vers une sorte de muséification de la ville où finalement le côté vivant du travail des activités artisanales est amené à disparaitre dans Paris intramuros, mais est-ce que ce n’est pas le lot de toutes les villes ? Au XVIème siècle, on pouvait bien traverser Paris en 15 minutes. Finalement tout évolue et il faut accepter cette évolution». Voilà. Toujours est-il que c’est bien pratique aujourd’hui pour Paella de pouvoir se rendre facilement en vélo de son «petit» appartement / studio du 5ème jusqu’au Frigo en passant par le quartier autour du marché d’Aligre le matin, un «quartier un peu populaire encore, tout en étant en train de changer de se ‘boboïser’ comme on dit actuellement».

Pour lui Paris c’est la «confusion». L’explication plus ou moins confuse, et ma foi, diffuse la voici : «Il y a de tout qui est proposé et à partir de là on est obligé de faire des choix. Il y a de multiples possibles qui font qu’on peut s’y perdre si on n’a pas soi même déjà une direction. On ne peut pas tout faire et après on prend des habitudes et ces habitudes font partie de ces choix. Il y a aussi une façon de considérer que tout est culture. Comme certains dirons que la gastronomie mélange, il y a un mélange ici qui me semble plutôt être de la confusion entre le plaisir et la culture. Après c’est en fonction de l’apprentissage de chacun à concilier la vie qui fait qu’on peut bien s’en sortir dans une ville comme Paris. Il y a beaucoup de gens qui ne savent pas quoi faire à partir du moment où il y a autant de chose à faire, alors qu’il ne suffit de pas grand chose, juste se promener par exemple. Et justement quand il y en a autant, il y a une tétanie ou bien les gens vont là où tout le monde va pour être sûr de ne pas rater ce que tout le monde connait. Ceux qui vont visiter la ville en trois jours vont voir ce que tout le monde va voir forcément, mais après il y a de multiples façons de rencontrer la ville».

Son personnage, c’est lui : un être simple et facile d’approche au premier abord qui se révèle bien plus complexe dès que l’on rentre dans le vif du sujet, multipliant les niveaux de lecture mais qui est, d’une manière ou d’une autre, toujours juste.

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