Daniel, 52 ans, brocanteur @ vide grenier près de Nation

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Voici Daniel, «52 ans au compteur» comme il me dit. Un peu farceur, un peu dragueur, ça a été difficile d’obtenir des réponses concrètes à mes questions… Entre les «je vous invite à boire un café», «une bonne journée c’est de vous avoir rencontré» et «si je gagne au loto je vous invite aux Bahamas», revenir à une conversation plus conventionnelle n’a pas toujours été chose aisée… D’autant plus que les collègues du jour, intrigués par le dictaphone et l’appareil photo étaient décidés à ne pas le laisser répondre seul. Heureusement pour moi, ce jour-là, il n’y avait pas foule à ce vide-grenier, à cause d’une probable manifestation dans les rues qui avait annulé toute autre forme de manifestations, j’ai donc pu prendre un peu plus de temps que prévu et en savoir tant bien que mal un peu plus sur ce loustic.

La discussion démarre sur la désertification du lieu. Normalement les vide-greniers du 11ème sont assez animés, beaucoup de passage, beaucoup d’exposants, beaucoup d’objets à chiner, mais là du côté de Nation sur l’avenue Philippe Auguste, qui n’est pas vraiment l’endroit le plus sympathique de Paris – trop grande avenue, des immeubles froids sans grand intérêt – l’ambiance qui y régnait était vraiment bizarre et ne donnait pas envie plus que ça de s’y attarder. Pour d’autres brocantes, Daniel me conseille plutôt «les quartiers populaires du côté d’Oberkampf, boulevard Richard Lenoir». Il me montre la bible des brocanteurs et amateurs de vide-greniers, le magazine Aladin qui recense toutes les dates des évènements. Et justement, il y en aura une la semaine suivante à Oberkampf. Le rendez vous est pris. Nous verrons bien si nous nous re-croiserons, ce qui me donne une belle échappatoire pour le café ce jour-là…

Daniel est donc un brocanteur du dimanche ni vraiment professionnel ni vraiment amateur. Il y a un peu plus de dix ans, avant de commencer les brocantes, il travaillait dans la photogravure, ce passage de sa vie a duré plus de 20 ans, il a arrêté au moment du passage du métier à l’informatique, ça ne lui plaisait plus. Son temps, il le partage aujourd’hui à faire les débarras ou encombrants la semaine dans les quatre coins de l’IDF «c’est comme faire les poubelles, les gens jettent à un jour précis dans une ville précise ce qu’ils ne veulent plus sur le trottoir et nous on passe avec la camionnette et on ramasse». Ensuite, il revend ce qu’il y trouve le week-end dans les vide-greniers. Son stand reflète un peu d’ailleurs ce chaos aléatoire des poubelles, c’est un peu «tout et n’importe quoi», il y a des bouquins, des câbles, une table, une photo de Pétain, des jouets,… Mais ça reste dans tous les cas des objets qui ont eu une vie, que d’autres ont touché, peu importe que ça vienne de la rue, un objet reste un objet avec son histoire qu’il transporte, lui c’est «vraiment les objets, leurs vies, ce qu’ils ont traversé» qui l’intéresse.

C’est une activité qui finalement ne lui prend pas tant de temps que ça, ce qui est loin de lui déplaire. Gagner de l’argent, c’est bien mais pas à n’importe quel prix. La qualité de vie avant tout «si je veux prendre un mois de vacances, je peux». Et de toute façon, c’est devenu quasiment impossible de faire son beurre dans ce métier là à l’heure actuelle. Trop de brocantes et vide-greniers et les gens connaissent trop bien la valeur des choses pour les jeter, les sous-vendre et/ou les acheter trop cher. Du coup, les bonnes affaires dans ce milieu, c’est de plus en plus rare. C’est une passion et il veut que ça reste ainsi. Là où il se faisait vraiment plaisir, c’est quand il allait aux puces de la Porte de Vanves. Il y a toujours du passage, on fait des rencontres, on discute, et c’est ça qui lui plaît plus que le fait de vendre. Et en plus, il y du beau monde dans le lot «des artistes, des personnalités qui passent à la télé, même si on ne les aime pas, quand ils sont sur les brocantes ils sont plus ouverts, ils sont plus sympas».

Cette liberté de travailler à son rythme, il souhaite la conserver autant qu’il peut, surtout à Paris, c’est une manière pour lui de faire un  pied de nez à la ville. Trop de stress, trop de monde partout, dans le métro, dans les rues. Même pour le métro, il s’arrange toujours pour ne pas le prendre aux heures d’affluence. Et puis, c’est comme ça qu’il a toujours vécu. Adolescent, ses parents lui laissaient une grande liberté, ils avaient même loué dans le même immeuble une chambre de bonne pour lui où il avait son indépendance. Il ne revenait chez ses parents que pour les repas et encore quand ça lui plaisait, si une sortie avec des copains était prévue, et bien tant pis, il ne rentrera même pas pour dîner. De Paris, de la vie, il ne veut en prendre que le meilleur. C’est un parisien de naissance qui est né et habite toujours dans le 14ème.  Vivre en banlieue pour lui c’est impossible. Il a bien essayé il y a quelques dizaines d’années de vivre en proche banlieue, il n’a pas tenu six mois «je suis retourné en plein Paris, Paris ça vit, ça bouge tout le temps dans n’importe quel quartier».

Il ne quittera probablement jamais Paris «à mon âge je ne vais pas partir et je ne vois pas ce qui pourrait me décider à partir» enfin – une dernière blague pour la route – «sauf si je rencontre une demoiselle comme vous qui me le demande». Dans ce cas, je n’oserais point vous demander un tel sacrifice et vous resterez à Paris mon cher Daniel.

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