Marie et Lady, 25 ans et 5 ans, promeneuses @ Cité U

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Contre toute attente, il n’y a pas que des étudiants qui se délassent dans le grand parc de la cité U, il y aussi «les promeneurs de chiens». Que ce soit un rendez vous quotidien ou hebdomadaire, les amateurs de toutous s’y retrouvent et le parc devient par endroit et par moment une aire de jeu pour chiens en quête de sociabilité. Les maîtres discutent et les chiens s’aboient dessus, se reniflent partout-partout-partout pour finir pas se courir les uns après les autres. La seule ombre à ce tableau animalier, ce sont les gardiens qui surveillent que ces fidèles compagnons soient bien tenus en laisse. Normalement on voit la police des toutous arriver de loin avec leurs uniformes mais des fois, ils feintent, ils s’habillent en civils et guettent les maîtres qui ne respecteraient pas le règlement. Marie a la technique, sa chienne est en semi-liberté : la laisse reste bien accrochée au harnais rose (parce que c’est une fille) pendant que Lady fait les cent pas dans un périmètre restreint (parce que même si elle n’hésite pas à aboyer après les gros chiens, s’en approcher réellement c’est une autre histoire), prête à être récupérée de la main de Marie au cas où le gardien approcherait.

Pour les présentations, voici donc Marie, étudiante en troisième année aux beaux-arts et Lady, jolie cocker comme dans la Belle et le Clochard dont elle porte le même nom que l’héroïne de ce dessin animé. Ces deux-là se sont rencontrées sur les quais près de Châtelet il y a cinq maintenant. Un coup de coeur pour Marie sur fond de (petit) caprice. A l’époque, elle habitait encore chez ses parents pas loin du parc Montsouris, elle voulait prendre son indépendance et s’installer dans la chambre de bonne que possède la famille, sauf que sa soeur y était déjà et ne comptait pas en partir. En lot de consolation / rébellion, elle a pris un chien. Heureusement pour elle, Lady a été immédiatement adoptée par ses parents. Aujourd’hui Marie habite dans la chambre de bonne dans le centre de Paris près de St Germain et elle vient rendre visite à sa chienne – et à ses parents par la même occasion ;-) – dès qu’elle le peut. Un chien, ça a besoin d’espace et une jeune fille, d’indépendance, les deux étant malheureusement incompatibles à Paris, il faut choisir. Et puis comme dans bien des cas, le chien est imposé à la base par les enfants et ce sont les parents qui se l’approprient, ce serait hors de question pour eux maintenant de leur enlever «leur» chienne.

Lady lui manque bien sûr mais dès qu’elle se retrouve dans sa chambre de bonne avec vue sur les toits de Paris et le café de Flore à deux pas, elle se sent bien. C’est une parisienne de naissance et dans l’âme qui veut vivre le Paris romantique et typique des photos en noir et blanc. Alors vivre à St Germain ça fait parti du folko. Les mauvaises langues diront que ça n’a plus rien de typique avec tout ces touristes qui arpentent les rues appareil photo d’une main et guide touristique de l’autre, mais ça ne la dérange pas, au contraire. Bon, ce jour-là quand je l’ai rencontré, c’était un peu comme un dimanche, elle me dit qu’elle n’a pas fait d’efforts particuliers pour aller voir ses parents et promener son chien, un jogging faisant amplement l’affaire, mais normalement quand elle sort, elle aime revêtir une tenue plus caractéristique de l’image de la parisienne que se font justement les touristes. Par exemple, quand elle va à Montmartre, c’est petite robe noire et béret obligatoire. Il faut préciser aussi que quelques jours auparavant, elle était «très» blonde. Du coup, elle se fait remarquer des touristes qui n’hésitent pas à la prendre en photo avec ou sans autorisation d’ailleurs, ce qui la flatte plus que ne la dérange.

Vivre en province ? Hors de question pour elle. Y passer quelques jours, sans problème mais pas plus. De toute façon, elle n’a pas le permis et la province sans permis, ça se transforme en prison. A Paris, elle se sent libre, mais plutôt dans le centre (le Marais, St Germain, le quartier Montorgueil) qui regorge de galeries, de musées, de bars et où on peut circuler facilement en journée et le soir sans craindre de se faire agresser. Elle n’a jamais vraiment eu de problèmes – enfin si, une fois, on a volé le portable de son petit copain avec la technique du journal posé sur la table du bar et en plus c’était au café de Flore – mais voilà les quartiers excentrés, c’est par définition pour elle plus dangereux. Une de ces dernières expéditions périlleuses, c’était aux puces de Clignancourt et elle avait 17 ans… Elle s’en veut, elle aimerait être un peu plus téméraire mais voilà de toute façon c’est Paris qu’elle aime et Paris ce n’est pas les quartiers comme Barbès. Son Paris à elle, c’est celui de son enfance en plein coeur de la ville fait de doux souvenirs avec ses grands parents qu’elle retrouvait tous les weekends avec au programme : dessins-animés / télévision bien lovée au chaud dans un canapé le vendredi soir, un tour au Bon Marché le samedi matin pour choisir le petit cadeau qui fait plaisir suivi par une balade en poney au parc du Luxembourg l’après midi. En bref, une enfance choyée dans un décor idyllique.

Maintenant qu’elle est adulte, entre son grand-père disparu qu’elle aimait tant, sa grand-mère malade dont elle s’occupe quotidiennement, les problèmes de couple entre passion et désillusions à gérer, les factures à payer toute seule et les frustrations qui s’ensuivent, le (gros) budget toutou d’un chien constamment malade à emmener chez le véto et le travail alimentaire dans un relais H à côté des études où elle se fait régulièrement prendre de haut par les clients… c’est un peu moins rose. Par nature et par nécessité, Marie est une rêveuse mais comme dans tout rêve où on transforme la réalité pour laisser place à des images, elle de son côté s’attache à des images en espérant qu’elles deviennent réalité. Alors même si son Paris à elle, c’est un Paris rêvé fait de café de Flore, de petite robe noire, d’un béret et d’une jolie chienne sortie tout droit d’un conte de Walt Disney, je n’ai qu’une chose à dire : c’est tant mieux tant qu’elle s’y sent bien ! A chacun sa technique de survie.

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