Raphaël, 24 ans, boulanger @ rue des Rosiers

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J’étais passée la veille devant cette belle boulangerie de la rue des Rosiers qui n’a pas changé depuis des décennies et qui n’en changera pas non plus pour les suivantes, classée monument historique, tout est d’origine, les miroirs au mercure, la façade bleue, le carrelage sur les murs, les installations en marbre… J’avais envie de savoir qui se cachait derrière la devanture alléchante remplie de pâtisseries toutes plus appétissantes les unes que les autres. Un jeune homme à l’entrée, familier du lieu, me dit de repasser le lendemain pour parler au «petit frère», plus enclin à répondre aux demandes farfelues telle que la mienne. C’est donc ce que j’ai fait et en effet, le petit frère m’a accordé du temps, le maximum qu’il ait pu entre le défilé incessant de touristes, de clients habitués, des locaux qui passent dans la rue et le saluent, des proches qui se servent directement derrière le comptoir en laissant l’argent dans le tiroir-caisse et les interventions du jeune homme de la veille que je retrouve exactement au même endroit. Un joyeux bordel presque sans fin.

Le petit frère, c’est Raphaël qui du haut de ses 24 ans est chef d’entreprise depuis 3 ans, enfin, il partage la tâche avec son frère et son père le temps que la succession se fasse, mais tout de même. Cette boulangerie, du coup, c’est une histoire de père en fils, nous dirons un peu malgré lui à la base «n’étant pas brillant en classe, mon père m’a dit ‘apprend le métier, moi dans 5/6 ans je pars, autant que tu commences ta vie avec un métier en main’, donc j’ai fait des études de boulangerie». Son père y est arrivé il y a plus de 33 ans, et aujourd’hui ce sont les enfants qui mettent, au sens figuré comme au sens propre, «la main à la pâte», quant aux futurs éventuels enfants de Raphaël, il me répond un «pourquoi pas ?» mêlé d’un sourire en coin plein d’espoir et de fierté si tel était le cas.

Le quartier, il ne l’a pas tellement vu évoluer finalement, il l’a un peu toujours connu tel qu’il est aujourd’hui, à savoir rénové. Premièrement, il n’habite pas le quartier mais Créteil et deuxièmement, il n’y vient régulièrement que depuis son implication dans la boulangerie «c’est comme quand un père travaille dans un bureau, son fils ne va pas venir le voir». Et puis, il n’appréciait guère le quartier avant la rénovation m’avoue-t-il en faisant la moue. Concrètement, le quartier pour lui aujourd’hui «c’est chic», ce qui est loin de le déranger d’un point de vue business «ça rapporte du monde», une faune qui n’est d’ailleurs pas la plus à plaindre financièrement de Paris, mais ça reste un «mal pour un bien». L’âme juive, la vraie, se perd «il n’y a plus d’épiceries, que des boutiques de fringues, perso je n’ai pas à me plaindre mais si on gratte, ça a gâché beaucoup de choses au niveau authenticité du quartier».

Pour lui, qui se définit aussi comme parisien, les parisiens, ce sont des «kiffeurs» qui «ne se soucient pas du lendemain, ils vivent la vie à deux millions de pour cent, ce qu’ils gagnent ils s’en foutent, qu’ils gagnent 100 ou 10 000 euros pour eux ça revient au même, c’est du kiff à l’état pur de A à Z». Et justement un de ces meilleurs «kiffs», c’est le jour où il a demandé sa future femme en fiançailles «on a fait le tour de Paris en limousine, c’était magnifique». Son lieu préféré à Paris : les Champs-Elysées « il n’y a pas plus beau au monde». Quand il y va, au programme c’est le trio : «ballade, shopping, Häagen-Dazs». Par contre, il évite soigneusement les quartiers où c’est un peu tendu, ce qui sous-entend insécurité. Je comprends entre les lignes les quartiers où les juifs ne sont pas forcément les bienvenus. Trop de choses se sont passées récemment dans l’actualité pour garder le coeur léger. Il se protège physiquement et moralement aussi, comme le fait de ne pas vouloir parler d’argent, un sujet «tabou» pour lui.

Et voilà «time out». Il a du travail, des clients, de la paperasserie et peut être trouve-t-il qu’il m’en a déjà trop dit…

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