Thierry, 65 ans, Bouquiniste @ à côté du Pont neuf

Thierry est un chat. Un chat car comme eux il n’a pas eu une vie mais plusieurs. Je ne vous parle pas d’évolution professionnelle mais de changements quasi radicaux de carrière. Rapidement donc : Thierry a travaillé à la radio «à l’ORTF», à l’ambassade française à Londres, pour la télévision «à l’époque c’était le moyen âge, c’était en noir et blanc», il a été berger dans le sud où il faisait aussi «des poteries, des choses comme ça», et il a travaillé aux aéroports de Paris dans un job «alimentaire» avant d’être bouquiniste par «passion» depuis 7/8 ans.

C’est son collègue Gilles qui l’a branché sur ce métier «on s’est rencontré ici, j’étais client, Gilles vendait des livres et moi aussi finalement j’avais envie d’en vendre, j’en avais beaucoup d’ailleurs à vendre». Il n’y a pas à dire c’est «mieux qu’avant», même si, m’avoue-t-il de manière un petit peu ironique en se présentant comme un «pauvre bouquiniste» vivant de «privation» – mais vivant tout de même à Montmartre, que la contre partie est de devoir aller chercher les mètres carrés un peu plus loin, à Verneuil-sur-Avre plus exactement, où se trouve sa maison secondaire qu’il vient d’acheter avec sa nouvelle femme. Quand il est là-bas, ce n’est plus un ‘parisien’ mais un ‘verneuillais’ et «ils me croient».

Thierry, à 65 ans, est donc un jeune marié qui n’a pas encore fêté ses noces de cuir. La raison d’un mariage si tardif je l’ai eu au détour d’une conversation sur le bonheur qui me laisse encore pensive «ceux avec qui on entre en rapport ne sont pas toujours d’accord avec l’idée que l’on puisse être heureux comme ça gratuitement, ils font payer ça très cher souvent, c’est ce qui fait que je me suis marié il n’y a que très peu de temps parce que j’ai rencontré une femme qui est capable d’être heureuse, ce qui n’est pas fréquent, vous connaissez les femmes, n’est ce pas ?». Ok, joker. Les femmes ne sachant pas être heureuses ? Non mais quelle idée !

Paris pour lui c’est une ville dont il n’arrive pas à partir «Paris c’est un piège, j’y suis revenu malgré tout. J’essaie d’en partir mais je n’y arrive pas, ce sont les circonstances qui font que. Cette ville je la connais par coeur». Parmi ces circonstances, l’ultime sera sans aucun doute pour rejoindre ‘Notre Père qui êtes aux cieux’, puisqu’il fait parti de ces heureux élus qui ont leur place dans un cimetière parisien entouré d’illustres voisins «j’y serais, j’ai ma place là bas, mon arrière grand père est là bas, non loin de la tombe de Monsieur et Madame Pigeon qui sont les inventeurs de la ‘lampe Pigeon’ ayant éclairé la France pendant des années et aussi non loin de Sartre».

Dans un registre plus actuel, Thierry est un grand collectionneur de tout ou presque, le pire c’est qu’il s’en plaint mais que finalement à la question ‘dans quoi aimeriez vous dépenser plus d’argent?’ il me répond «dans les collections» suivi d’un grand rire communicatif «j’ai plein de collections, ça arrive comme ça, c’est le hasard. J’ai même fait une collection de cailloux, vous vous rendez compte c’est épouvantable ?» hum… pas du tout Thierry… «J’ai arrêté quand même» Ouf ! «J’ai une collection de fétiches africain aussi, j’aime beaucoup ces choses-là ; les bouquins évidemment, j’ai une collection de femmes aussi» Pardon ? «oui, en peinture, en sculpture, en dessin, en marbre, en bois» Re-Ouf ! «j’ai des meubles je ne sais pas quoi en faire non plus, d’où la maison de Verneuil car on avait besoin de place». No comment, on dirait ma mère.

Pour terminer, un petit extrait de son bouquin préféré Le bonheur de Helvétius, philosophe du 18ème, qui est «une longue énumération de tout ce que le bonheur est de ce qu’il n’est pas» sous forme de poème philosophique. Autrement dit, vaste programme.

«Du monde, dis-je alors, j’éviterai l’ivresse ;

Dans le sentier fleuri que m’ouvre la sagesse,

Je veux porter mes pas, résolu d’y chercher

Des plaisirs que le fort ne pourra m’arracher,

Trop doux pour me troubler, vifs assez pour me plaire ;

De passer tour à tour de Parnasse à Cythere,

Et d’être en mon Printemps attentif à cueillir,

Les fruits de la raison et les fleurs du plaisir.»

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