Manuela, 72 ans, chanteuse chez Louisette @ Marché aux puces de St-Ouen

Bienvenue chez Louisette, bar-restaurant mythique pour sa qualité d’ancien «boui-boui des bas fonds», niché au coeur des puces. Quand on passe devant, on ne peut pas s’empêcher d’y jeter un oeil attiré par des mélodies qui sentent bon le Paris d’autrefois. Bon nombre de personnages célèbres y sont passés : Gainsbourg, Simone Signoret, Sharon Stone,… et même Madonna «elle est belle ! Elle avait une robe magnifique, elle m’a dit ‘Manuela je vous adore, qu’est ce que vous chantez bien!’. Vraiment gentille et puis pas du tout prétentieuse». Si même Madonna n’a pas oublié de laisser un petit mot gentil à Manuela, c’est bien parce que ce petit bout de femme est une institution là-bas !

Décorée il y a deux ans ‘Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres’ par le ministre de la culture et de la communication de l’époque, Frédéric Mitterrand, Manuela chante inlassablement depuis plus de 40 ans le répertoire d’Edith Piaf. Des fois, les touristes de passage la prennent pour Louisette, ça l’énerve un peu mais elle ne montre rien, elle se contente de sourire et ne dit jamais non à une photo «quand c’est plein ici, je suis fusillée de photos, même dans la rue, les gens me disent ‘arrêtez-vous! on veut vous prendre en photo’, ça ne me gêne pas, je le fais. Je garde mon sang froid, je suis toujours agréable avec tout le monde».

Son vrai petit nom c’est Raymonde, comme sa mère, mais «disons que ça ne sonnait pas pour le chant», alors Raymonde est devenue Manuela «c’est rapport à Julio Iglesias quand il chantait ‘Manuela’». Un ‘nom de scène’ qui correspondait mieux à son physique de midinette. Et oui ! Car même si Manuela est aujourd’hui une bien jolie grand mère (et même arrière grand-mère – six fois!), elle a surtout été une magnifique femme «moi ici j’étais la belle petite poupée du quartier, tout le monde me faisait la cour, c’est vrai, je dis ça sans être prétentieuse, avant j’avais de grands cheveux longs qui m’arrivaient jusqu’aux fesses, et puis d’une petite taille avec de grands talons de 12,5 cm, ça m’allait bien!».

Depuis son arrivée à 17 ans à Paris pour devenir chanteuse, Manuela en a accumulé des souvenirs ici et ailleurs… Certes sa carrière s’est principalement faite chez Louisette, mais cela ne l’a pas empêchée de voyager, d’accepter des contrats à l’étranger : sur les bateaux en Egypte, des tournées en Europe, en Chine pour les diamantaires, aux Etats-Unis à Los Angeles pendant un an,… Aujourd’hui retraitée, elle ne se voyait pas arrêter, alors elle continue de chanter chez Louisette, pour entretenir sa voix, pratiquement tous les weekends «sauf quand j’ai des choses à faire, à côté j’ai quand même mon homme, ma maison à m’occuper, j’ai ma chienne, et puis on est invité aussi, on est toujours pris et il faut que je me repose quand même». Une vie aujourd’hui un peu moins glamour, c’est sûr, mais «tranquille» et cela ne lui déplaît pas le moins du monde.

Manuela est originaire d’Indre-et-Loire, née dans une famille (très) nombreuse – 10 enfants mais ils auraient du être 19 !!!! «ma mère s’est marié elle avait 15 ans, vous verriez le livret de famille, on se suit tous». Elle n’a finalement que très peu connu ses parents décédés jeunes (36 ans pour son père et 40 ans pour sa mère) mais garde pour eux une admiration sans bornes. Son père lui a transmis la valeur du travail «il ne faut pas être feignant, toujours travailler même si on ne fait pas d’études, et tous mes enfants travaillent et même les petits enfants. C’est un bonheur car ils ont écouté ce que je leur ai dit : ‘il faut travailler, n’importe quoi mais travailler’». Quant à sa mère, c’est elle qui lui a transmis sa passion pour le chant et son goût pour la coquetterie «maman était plus grande que moi, très brune, très classe, mais vous savez le classe ça ne s’apprend pas. Elle chantait fort bien, elle avait une très belle voix, moi j’avais envie de chanter. Je chantais dans le grenier et j’avais des rêves de petites filles, je voulais être belle comme Lollobrigida».

Voilà, ses rêves de petite fille, de jeune fille, de femme, elle les a finalement atteints à force de travail et de persévérance. La vie ne l’a pas toujours gâtée mais c’est avec fierté qu’elle regarde dans son passé et toujours avec la même force qu’elle aborde chaque jour de sa vie avec optimisme «vous savez moi je peux aussi être triste demain mais je ne le ferais pas voir, c’est une force en soit, il faut se battre, si on se lève le matin et que l’on est positif, on fait une belle journée. Le cerveau c’est un ordinateur, il faut penser le soir à ce qu’on veut faire le lendemain et on le fera, il faut avoir foi en soi et ne pas s’occuper des gens qui sont néfastes».

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