Michel, 59 ans, joueur de pétanque et membre du bureau @ Club de Pétanque du Tertre

A deux pas du Sacré Coeur et de la rue de la Conne (oui, elle existe), un peu caché par la végétation, le Club de Pétanque du Tertre est un havre de paix. La horde de touristes, peu encline à sortir des sentiers battus ne s’en approche pas et ne résonne au final que les rires, quelques discussions animées et les entrechoques des boules. Cela fait 50 ans que le club de pétanque existe, au départ c’était une décharge, ce sont les «anciens», comme les appelle Michel qui ont tout construit au fur et à mesure. On y trouve : les terrains de pétanque (normal pour un club de pétanque), le jardin à étages (superbe) et LA buvette (incontournable). En tant que fille, j’ai un peu détonné dans cette ambiance 100% masculine mais c’est à bras ouverts que j’ai été accueillie. Là-bas, la règle d’or c’est la convivialité «on a une bonne ambiance, on s’éclate. Quand on se retrouve tous ensemble, c’est magnifique, et une fois que le club ferme, on continue de se voir, les uns chez les autres, on mange ensemble, on va boire un coup». Et pour entretenir les bonnes relations de voisinage et l’esprit de quartier rien de mieux qu’un rendez vous annuel «une fois par an, on invite tous les voisins à venir et on fait un petit repas, chacun amène une tarte, une quiche». Qui ose dire à présent que l’esprit montmartrois s’est perdu ?

Pour revenir à Michel, c’est un homme qui a la coeur sur la main et qui ne se contente pas de dire «c’est triste la pauvreté» mais qui agit par des petites actions simples mais que tout le monde ne ferait pas «rien que la rue du Poteau sur 50 mètres, ils me connaissent tous, je suis sensible, ça me touche tout ça, du coup parfois je les amène chez moi pour qu’ils viennent prendre une douche». Parler avec eux et les inviter chez soi, c’est déjà faire beaucoup. Toute sa vie, il l’a consacrée aux plus démunis et continu aujourd’hui même à la retraite son engagement. Il a notamment travaillé plusieurs années à la «mission solidarité» de la SNCF où il faisait le lien entre la SNCF et les associations. Grâce à lui d’ailleurs, la SNCF est sensiblement remontée dans mon estime (estime qui sera à nouveau anéantie au prochain retard et/ou paiement de billet de train mais quand même) «la SNCF a créé énormément de centres d’hébergements. A la gare de l’EST, il y a avait toute une rame équipé pour ceux qui avait du boulot mais pas de logement et c’était des chambres individuelles, pas des dortoirs».

Voilà, j’ai trouvé Michel courageux, courageux de continuer alors même que son regard est désabusé «on fait semblant de faire des choses, mais moi ça fait plus de 15 ans que je suis impliqué dedans et je vois que rien n’a changé. En 15 ans, qui s’en sont sortis, j’en ai connu peut être que 3 ou 4, mais bien sortis, même mariés, et ce sont ceux qui ont eu un suivi très poussé, faut pas le lâcher, le suivre tous les jours, et puis il y a le déclic, il le faut, le ‘Michel, j’en ai marre, je veux m’en sortir’». Quant à l’avenir de sa famille à Paris, il n’est pas très optimiste, père et grand père par adoption d’une grande famille (4 filles et 15 petits enfants!!!!), il voit bien qu’ils n’auront pas la même qualité de vie qu’il a pu avoir «je plains mes petits-enfants, moi je suis à la retraite, on est là pour les soutenir, les aider, mais si on est plus là qu’est-ce qu’ils feront ? Ils ne s’en sortiront pas. Parmi mes petits enfants, certains vont peut être s’en sortir grâce aux études, moi je leur souhaite à tous, mais bon j’ai très peur. Mes 4 filles et elles sont toutes parties de Paris pour trouver un appartement à louer moins cher. Trouver un boulot c’est déjà bien mais trouver un appartement qui correspond à son salaire, c’est dur, c’est vraiment la galère».

Les changements à Paris, ils les constatent tous les jours, les pauvres sont plus pauvres et les riches sont plus riches «Paris ça va devenir une ville de riche, on le voit, surtout le weekend, au marché à côté, il n’y a que des bobos le samedi et le dimanche, et le kg de fruits et légumes de n’importe quoi, on le met à 9,95€, alors qu’ailleurs, c’est moitié prix». Même le visage de la précarité a changé «maintenant ce n’est plus la même définition du SDF car on a englobé tout le monde, avant c’était le petit clochard sur son banc, maintenant c’est dans le métro, c’est partout».

C’est ça le club de pétanque du Tertre, des discussions qui se lancent, graves ou moins graves, de franches rigolades, des moqueries gentilles entre joueurs, autour d’un verre ou d’une partie de pétanque. Ah oui ! Point important à ne pas oublier si jamais il vous prend une envie de venir jouer là-bas, interdiction de mettre ses boules de pétanque sur le bar de la buvette. La punition : tournée générale ! Eh oui «c’est dans le règlement».

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