Yacine, 21 ans @ rue de Caumartin

Il n’y avait pas d’autres photos qui pouvaient mieux correspondre à Yacine dit «Papou» : les poings levés prêt à frapper mais un avec un grand sourire en fond un peu flou qui annule toute vraie agressivité. Yacine joue, avec moi, avec les autres, avec lui.

Dans la vie, Yacine est d’un côté animateur dans une MJC, de l’autre vendeur depuis peu de marque-pages au profit d’enfants des cités pour une organisation à priori non lucrative aux discours et techniques marketing néanmoins bien rodés. Fraîchement recruté dans une maison de quartier, il vend donc des marque-pages pour «inciter les jeunes à faire du sport au lieu de galérer dans la rue». Il y en a des différents dont le point commun est d’avoir une citation écrite par des «gamins» des cités comme par exemple : «j’aimerais bien que la vieille dame ne serre pas son sac dès que je passe à côté» ou bien «j’aimerais bien ne plus me faire traiter de pute parce que je porte une jupe». Son marque-page préféré c’est celui qui dit «j’aimerais bien qu’un ministre ne vienne pas dans mon quartier que parce que mon quartier brûle». La raison est un peu intéressée mais pardonnable «c’est ma préférée le ministre parce que c’est celle qu’on vend le plus, les gens à chaque fois ils prennent celle-là du coup c’est devenue ma préféré».

Yacine habite Aubervilliers dans le «93». A Paris, il y est né mais ses parents ont déménagé là bas peu de temps après sa naissance. C’est un parisien «100% dans le foot». Pour lui, d’un côté Paris «c’est la merde», de l’autre Paris «c’est magique». Le pourquoi du comment entre ces deux extrêmes, je n’ai pas réussi à l’obtenir. Son rêve : partir aux Etats-Unis, Miami plus précisément. Sa voie de sortie ? Peut-être le rap. Il fait parti d’un groupe au doux nom enchanteur : «Relève Agressive», qui vient de sortir un nouvel album. Dans les clips, il apparaît surtout au moment des refrains. Donc voilà, partir dès que possible, recommencer une nouvelle vie loin des flics aussi peut être «j’aime pas la police, mais c’est pas qu’à Paris c’est dans toute la France, je ne les ai pas insultés, je dis juste j’aime pas, après on a le droit de ne pas les aimer non?». Quoique… Etonnamment à la question «quel est ton meilleur souvenir à Paris?», j’ai eu le droit à une réponse des plus surprenante «ma première garde à vue, je suis resté 24 heures, on était beaucoup en fait, c’était pour un vieux truc donc on savait qu’on allait rien avoir, une bagarre, on était petit, j’étais mineur».

Depuis ce jour mémorable, les cellules de garde à vue sont presque devenues sa deuxième maison «y a pas longtemps, j’ai reçu une fiche, un récapitulatif, j’ai du en faire genre 30, mais ce n’est pas pour des trucs graves. Quand on sort avec les potes, on boit, quand tu as des joints sur toi, voilà que des petits trucs, sinon je serais en prison». D’ailleurs, le jour où je l’ai rencontré, il venait de sortir de garde à vue le matin même à cause d’une embrouille avec un contrôleur de la RATP qui lui cherchait des poux. Résultat : une nuit au poste pour lui, 95 euros d’amende pour «souillure» ; et une balayette et un nez cassé en dommage collatéral pour le contrôleur mais tout ça c’était de la «légitime défense, il y avait au moins 20 témoins et les caméras pour le voir». Je ne connais pas la suite de l’histoire mais il vaudrait mieux que ces deux là ne se croisent pas une nouvelle fois et ça m’a l’air très mal engagé «ils viennent tout le temps là, ils me connaissent, ça fait longtemps qu’ils me voient, ils viennent en pause ici et lui avec son nez cassé quand il va monter là moi je vais rigoler et c’est lui qui aura plus la haine que moi. Je vais à la banque je vais chercher 200 euros et je lui déchire devant lui en lui disant ‘bah voilà moi mon nez il est bien’». Moi : «et il va pas te sauter dessus si tu fais ça ?», réponse : «s’il me saute dessus je vais en prison mais je vais le massacrer, c’est pas grave, c’est une question de fierté, je préfère 10 000 fois être en prison 6/7 ans, qu’il me mette un coup et je ne fais rien».

Bon, changeons de sujet : «et si tu gagnes au loto ?» «je construis une petite maison pour ma mère, je lui donne de l’argent et j’ouvre un petit commerce». Ouf… enfin un truc mignon.

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