Père Olivier De Cagny, 50 ans, curé de la paroisse Saint-Louis en l’Île @ l’Île St-Louis

Cela fait 20 ans qu’Olivier est prêtre, depuis ses 30 ans exactement. Sa vocation, il l’a eu très jeune, à 6 ans. Adolescent, il en avait parlé au curée de sa paroisse qui lui a dit cette phrase qui guide aujourd’hui sa vie «‘tu verras comme c’est beau de donner Dieu aux Hommes et les Hommes à Dieu’, c’est une belle phrase et ça résume assez bien le ministère du prêtre qui est de faire le lien entre Dieu et les Hommes». Avant de se lancer dans sa formation pour devenir prêtre, sur les conseils de son entourage et de son propre désir, il a souhaité faire des études : une prépa puis une école de commerce. Mais malgré l’intérêt qu’il avait pour ces études, plus il avançait, plus montait en lui le désir de donner sa vie pour devenir prêtre. Du coup, sans passer par la case «bureau», c’est à 23 ans, le diplôme en poche, qu’il a commencé sa formation «je suis entré au séminaire pendant 6 ans… 7 ans même parce qu’à Paris on a une année préparatoire qui est de se replonger vraiment dans la Bible, dans la prière et dans le service aux pauvres, il y a aussi une grande retraite d’un mois dans le silence avec d’autres frères».

Olivier est un parisien, un vrai de vrai si on prend la définition la plus stricte qui existe, à savoir qu’il faut plusieurs générations pour faire un vrai parisien «parisien depuis la nuit des temps ! J’ai des traces de mes aïeux directs qui se sont mariés à St Germain de l’Auxerrois en 1720». Il ne se voit pas vivre ailleurs mais par contre il a besoin d’en partir pour mieux y revenir «Paris me passionne, je ne me lasse pas de la contempler, c’est beau, les monuments et même les ciels, un soleil couchant… J’aime paris, j’aime beaucoup Paris MAIS de temps en temps il faut que je m’en aille, que je passe une journée en dehors. C’est quand même fatiguant. Je ne me déplace pratiquement qu’à vélo mais dès que je prends le métro je me dis ‘on est complètement fou’. Je vis Paris comme un lieu fatiguant, stressant. Je dis souvent aux séminaristes ‘construit toi un petit monastère intérieur’ parce qu’il faut de temps en temps revenir en soi-même et s’isoler du bruit de l’agitation du stress, sinon on est pris dans le rouleau et on va là où on ne voudrait pas».

Depuis son arrivée en 2009 à la paroisse de Saint-Louis en l’Île, Olivier a découvert une vie de village sur cette petite île qu’il essaie de faire perdurer «même si c’est très touristique, c’est très concentré et les gens se connaissent un peu quand même. Par exemple, la femme du diacre avait repéré une année que trois commerçant prenaient leur retraite à peu près en même temps – la pharmacienne, le fromager et puis un qui faisait des repas genre traiteur – et donc on a eu l’idée avec elle de faire un pot de départ et de l’organiser ici. On a célébré une messe, et puis après 20h on a fait un pot ici. Il y avait plus de 100 personnes ici, les commerçants sont tous venus, on n’arrivait plus à partir, on rigolait, c’était simple». LÎle St-Louis, c’est comme ça, juste en se promenant dans la rue, les discussions se lancent avec un tel ou un tel, on s’arrête du coup tous les trois mètres et on retrouve parfois de vieilles connaissances «il y avait le boucher qui faisait sa pause au bar et on s’était lancé dans une discussion comme ça sur le trottoir et puis un gars de 25 ans qui arrive ‘mais vous n’êtes pas le Père de Cagny? Je vous ai connu il y a 20 ans à la paroisse St Denys du Sacrement » et moi ‘ah mais oui ! Sebastien’».

Dans la vie d’un prêtre, on vit des moments heureux comme la proximité que l’on peut avoir avec ses paroissiens mais aussi des moments difficiles. L’un de ses souvenirs les plus traumatisant, c’est l’histoire de ce vieux monsieur bloqué chez lui alors que sa femme était à l’hôpital. Il a appelé Olivier en lui disant qu’il souhaitait le voir car il ne se sentait pas bien. Il est venu quelques heures plus tard mais s’est retrouvé bloqué en bas de l’immeuble faute d’avoir ni le code ni le numéro de téléphone de la personne «je cherche le code, je ne le trouve pas, je fouille partout , je demande partout. Mais rien. Et je me suis dit ‘je sais que je vois une personne ce soir qui connait le code donc j’irais le voir demain matin’, et en fait il est mort dans la nuit et ça pour un prêtre c’est (….) J’en ai parlé un jour à mon évêque, et il a presque pleuré à ce moment-là et il m’a dit ‘moi aussi ça m’est déjà arrivé je sais que c’est dur’».

Heureusement, ça n’arrive pas tous les jours et il y a d’autres histoires qui, elles, redonnent la foi «en fait il y a un monsieur qui passait pratiquement tous les jours faire les courses d’une vieille dame, et donc il va la voir, et elle lui dit ‘mais qui est passé me voir ce matin déjà?’, il lui dit ‘bah non personne’, elle dit ‘si si, je vous assure deux hommes en blancs, très beaux, très gentils, je leur parlais, ils ne me répondaient pas mais je vous assure ils sont passés ce matin’, lui il se dit qu’elle divague un peu, il repart et elle est morte deux heures après. C’est quand même étonnant, alors on croit aux anges ou pas mais voilà».

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