Gil Bernard, 67 ans, caricaturiste à Montmartre

Gil est originaire de Châlons-en-Champagne enfin «Châlons-sur-Marne, le nom a changé aujourd’hui», il vit un peu plus bas, du côté d’Abbesses. Il ne se considère pas comme «parisien» mais comme «champenois», par contre, c’est un «montmartrois» «j’ai même été nommé ambassadeur il y a très longtemps de la République de Montmartre !». Son père tenait une quincaillerie à Châlons et avait d’autres plans pour son fils que de le voir devenir peintre et encore moins acteur. Sauf que Gil, il n’y avait que la peinture avec le théâtre qui l’intéressait. Quasiment sans un sou en poche, les vivres coupées par son père, mais avec quelques billets donnés en douce par sa mère, il a débarqué à Paris au début des années 60. Très vite, il a découvert la place du Tertre et a commencé à peindre là-bas en parallèle de ses études aux beaux-arts et cours de théâtre «du temps de René Simon». Faire des portraits est vite devenu un de ses gagne-pains «on gagnait à l’époque de l’argent facilement, il y avait moins de peintres, une meilleure clientèle que maintenant». L’un de ses records, c’était il y a quatre ans, il avait beaucoup neigé sur Paris, les taxis ne montaient plus, et tous les peintres avaient déserté la place sauf lui et un autre «j’étais monté car je voulais voir la neige, et là arrive un groupe de russes, c’était des portraits à 100 euros, en l’espace de deux heures j’avais fait plus de 600 euros». Mais bon, ça c’est rare car les touristes aujourd’hui, en plus d’être mal-aimable pour certains, négocient férocement les prix.

Sur cette place du Tertre, Gil y a travaillé pratiquement toute sa vie, vécu aussi «j’avais un studio place du tertre, pendant 3 ans, je regrette de l’avoir revendu car maintenant ça coûte vraiment une fortune», et trouver l’amour «je faisais des portraits à l’huile en deux heures pour une galerie, et elle est venue avec sa mère, moi j’étais le peintre au service, ça a été un coup de foudre, elle était belge, c’est pas de sa faute mais elle était belge, je n’avais jamais mis les pied en Belgique, on est parti une année plus tard là bas». Gil a donc quitté sa place pour elle, abandonné le théâtre «je me voyais en jeune premier mais ça ne lui plaisait pas», et même travaillé dans un bureau comme administrateur de la société du père de sa femme à la mort de ce dernier. Mais tout ça, c’était seulement le temps de quelques années, Gil n’était pas spécialement heureux dans ce rôle de col blanc «on ne peut pas dire que j’étais intéressé car j’avais tout, l’argent qui coulait, la belle voiture, la belle maison,… mais je préférai ma peinture». Une chose en entrainant probablement une autre, ça n’a pas marché entre lui et sa femme, et sept ans plus tard, après son divorce, il y est revenu, y a retravaillé, et retrouvé à nouveau l’amour.

Gil n’aime plus vraiment Paris aujourd’hui, il regrette le temps où il a découvert cette ville «l’âme de Paris, ce n’est pas notre époque, c’était bien avant. J’ai connu la belle époque, on dansait le Be-bop rue de la Huchette dans des caveaux, avec des vrais orchestres. J’allais boire ma bière seul à la Cigale et écouter des concerts de Jazz. J’étais heureux, c’était dans les années 60». Quant à l’esprit Montmartrois et à la place du Tertre, c’est encore pire. Il ne reste quasiment plus rien d’authentique : les petits commerçants sont tous devenus des magasins pour touristes tenus par des étrangers «avant, il y avait une toute petite épicerie en face, elle faisait bar aussi, c’était fabuleux on refaisait le monde en buvant de la sangria. Toutes ces boutiques aujourd’hui n’appartiennent quasiment qu’à des Asiatiques. Sans faire de racisme, tout est repris, c’est triste» ; à l’entrée, les restaurants ne servent plus aucune bonne cuisine «dans les restaurants c’est du surgelé, c’est dégueulasse, il n’y a que des petits menus d’appel» ; tout y est hors de prix «il ne faut pas se foutre des touristes, sur la place un demi pression ou un coca c’est 650, faut arrêter!» et les artistes ne sont plus des artistes mais des dessinateurs de bas niveaux «des vrais peintres, il n’y en a plus, à l’époque on était moins nombreux mais on donnait quelque chose, maintenant des portraitistes, il n’y en a pas vraiment qui savent dessiner». De Paris, il en partira donc «je partirai quand ça me prendra, je peindrais toute ma vie et quand ça ira un petit peu plus bas, j’achèterai une petite maison en Champagne, un ordinateur pour vendre ma peinture et voilà». En attendant, pour le rencontrer, il suffit d’arpenter les rues en haut de la butte Montmartre ou bien de le demander au «Tartempion», son fief où il y expose quelques toiles.

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