Ivan, 49 ans, artisan ébéniste @ passage du Bourg-l’Abbé

Dans son atelier, Ivan y est pratiquement né. Cet atelier «c’est une belle histoire, une histoire qui date de plus de plus de 60 ans». C’était celui dans lequel son père exerçait en tant que décorateur-ensemblier, lui l’a repris ensuite et y a apporté l’ébénisterie. C’est sa mère qui l’avait trouvé dans ce passage qui à l’époque ne payait pas de mine. C’était l’époque des Halles du pavillon Baltard. Un autre Paris pour Ivan  qui a donc vu évoluer ce quartier «là où les halles était à le berceau de Paris, le poumon de la ville avant qu’il y est Rungis dans les années 70, là où les grossistes allaient s’approvisionner, là où les parisiens venaient s’approvisionner en nourriture, viandes, poissons, fleurs, légumes et autres. Notre génération on a grandit avec les halles, je connaitrai trois générations des halles : les halles des pavillons Baltard, celle qu’on connait actuellement depuis plus de 30 ans qui n’était pas une réussite mirobolante, et celle qui va arriver avec la Canopée, qui sera plus moderne, plus contemporaine». 

Ivan aime toujours Paris, flâner, lever la tête, regarder les immeubles, découvrir les innombrables ruelles de Paris, retrouver les lieux où on été tournés les grands films des années 60,… il se définit même comme un «titi parisien mais de parents étrangers, mon père venait d’Italie et ma mère était autrichienne, ils sont arrivés dans les années 50» ; mais il est un peu nostalgique de l’époque de son enfance «rue des Petits-Carreaux en 68, avant ce n’était pas piéton, c’était les halles, il y avait toujours des camions dans la rue, ça bouillonnait, c’était grandiose, une vie jour et nuit. Quand j’étais enfant, je voyais les camions, je prenais mon petit vélo bleu pour aller voir les copains, y avait des cagots partout, j’allais chercher les invendus de fruits et légumes». Un de ses meilleurs souvenirs, ça date de cette époque d’ailleurs «avec les copains, on se donnait rendez-vous dans la Samaritaine parce qu’à l’époque dans les toilettes il y a avait des distributeurs de sirop à la menthe gratuite, on prenait les gobelets, on prenait de la menthe et on mettait de l’eau du robinet. Ensuite on prenait nos gobelets et on allait sur la terrasse là où il y avait le restaurant avec une vue sur la seine. C’était notre terrain de jeux, c’était notre open bar !»

Aujourd’hui, il trouve Paris un peu trop «aseptisé», selon lui, les commerces de proximité, à cause des baux trop chers pour être repris par des petits commerçants, se transforment les uns après les autres en magasins de vêtement, au moindre bruit les voisins appellent la police, chacun est dans son coin avec son téléphone portable et ne parle plus à personne,… Au moment où il a commencé, ils étaient sept artisans ébénistes dans le quartier, maintenant il en reste trois ou quatre tout au plus dans Paris. Mais voilà, Paris a toujours été Paris et Paris reste Paris, là où tout se fait, tout se joue. C’est à chacun de trouver son bonheur ici car pour lui Paris est un «joyau» mais  «Paris est un pute» aussi « Paris bonheur, Paris la joie, Paris on en croque, Paris il faut vivre, Paris la chance. Beaucoup de gens sont montés à Paris pour y travailler rencontrer surement leur amoureuse, on y trouve son âme sœur, on y trouve du travail, donc tout ça en un mot : la chance. Paris donnera la chance, mais il faut aussi la provoquer et il faut aussi y laisser ses traces. Paris ne fera pas de cadeau car il y a du monde derrière qui veut aussi une place. Les places sont chères, il faut se battre».

Ivan restera donc à Paris, pour lui d’une part, car son atelier est ici, ses clients sont ici, et pour son fils d’autre part «j’ai envie de que mon fiston  grandisse à Paris, qu’il se fasse à la vie parisienne les copains, l’école qu’il se débrouille qu’il ne se sente pas renfermé à la campagne en pensant avoir manqué quelque chose, pour l’instant ça se passe à Paris». Et puis il croit en un «retour aux sources»,  un changement sociétal, une prise de conscience, un besoin d’un retour aux choses d’hier «les gens en auront marre du progrès, ils vont revenir à de la proximité, besoin de retrouver l’ambiance des bars, des bals musettes,… il y a de plus en plus de bars avec un esprit ancien. Quand on découvre dans un film, ou dans un vieux magazine une ambiance, on veut découvrir cette ambiance qu’on n’a pas connu, et vouloir la retrouver dans un bar, quelque part».

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