Qu’est ce qu’un parisien ?

Le fait même de définir un parisien est une tâche ardue. Quand on demande aux intéressés «qu’est ce qu’un parisien?», il y a pratiquement autant de définitions possibles que de parisiens et non-parisiens à Paris ; entre le vrai, le faux, le vrai-faux et le faux-vrai parisien, c’est à en perdre son latin… D’un champ très restreint à une définition plus vaste, voici un petit état des lieux.

De façon très factuelle, on peut faire un retour sur les origines même du spécimen : vision court terme «quelqu’un qui est né à Paris», vision arbre généalogique «il faut quatre générations de personnes nées à Paris pour faire un parisien». Ou bien, on peut aussi être parisien par extension professionnelle «si on y travaille et qu’on y vient tous les jours, on est parisien». Ou encore par domiciliation géographique, plus ou moins étendue : «il faut habiter Paris intra-muros» «quand on habite Paris ou la proche banlieue», «l’île de France». De manière plus caricaturale, il y a ceux pour qui le parisien correspond à une image très précise : l’incontournable bobo «le bobo avec son écharpe et son slim» ou bien à une forme plus nostalgique «pour moi le parisien c’est le titi parigot, qui a un accent, une allure genre Jean Gabin ou Edith Piaf». Pour d’autres, il n’y a pas un mais des parisiens, des personnes trop différentes pour être regroupées sous un terme générique de «parisien», aussi il existe des différences de style «il y a des parisiens par catégorie, le bourgeois, le hipster, le arty, le bobo, le rockeur, etc.» ou pour d’autres par communautés «les asiatiques, les africains, les catholiques, les juifs,…». Enfin, pour certains, le parisien est un animal en voie de disparition : «des vrais parisiens, de toute façon il n’y en a plus, moi je n’en connais pas» «un parisien, c’est un provincial, y a que des provinciaux à Paris maintenant».

Finalement, si c’est autant compliqué pour trouver un consensus et que chacun voit midi à sa porte quant à la définition du Parisien, c’est surement aussi car les frontières de Paris ne sont pas les mêmes pour tout le monde… Quelles sont donc les frontières de Paris ? Paris ça commence où et ça s’arrête où ? Dis comme ça, ça paraît simple. Et bien quand on creuse, ça l’est beaucoup moins ! Il y a donc ceux pour qui Paris se limite au périphérique, une sorte de frontière naturelle «la couronne de béton qui entoure Paris». Il y a ceux pour qui Paris, c’est le dernier arrêt de métro «tant qu’on peut y aller en métro, c’est Paris». Il y a ceux pour qui c’est Paris intra-muros en excluant certains quartiers qui ne correspondent pas à leur imaginaire autour de Paris «Barbès c’est sale, ça ne ressemble pas au reste de Paris». Ou au contraire d’autres qui incluent des communes proches qui correspondent à l’image qu’ils se font de Paris «Neuilly pour moi c’est Paris, on y retrouve quasiment les même gens que dans le 16ème». Il y a ceux pour qui Paris, c’est les endroits qu’ils fréquentent «pour moi Paris, c’est la rive droite, ça s’arrête à la seine, je crois que je ne suis jamais allé sur la rive gauche, peut être sur les quais une fois ou deux» (précision : cette personne a environ 20 ans, est né à Paris et habite Paris intra-muros…). Les frontières de Paris ça peut être aussi une durée psychologique de voyage «quand tu travailles près d’une gare dans Paris et que tu habites en province, finalement tu mets parfois moins de temps à aller au boulot qu’une personne qui habite dans Paris et qui prend le métro». Et puis, il y a le projet du grand Paris qui brouille les pistes «de toutes façon, toutes les villes seront absorbées à terme par Paris, c’est ce qui c’est passé dans beaucoup de villes à l’étranger». C’est vrai que Paris n’a pas bougé depuis des décennies et des décennies mais après tout il fut un temps où Paris n’était que l’île de la cité… Alors demain tous parisiens ?

Bref, être parisien ou non, c’est une chose, mais se présenter comme parisien ou affirmer le contraire justement, c’est encore une autre histoire ! Par exemple, on peut y vivre depuis cinquante ans, y avoir travaillé, vécu, trouver l’amour de sa vie, faire des enfants, sans pour autant se considérer comme parisien «non, je vous dis que je ne suis pas né à Paris, donc je ne suis pas parisien». N’insistons pas ! Ou bien être né dans un autre pays, vivre en banlieue et ne revenir sur Paris que de manière épisodique et affirmer dur comme fer être parisien «je me suis tellement bien adaptée ici que c’est comme si cette ville avait été créée pour moi, comme si dans une autre vie j’avais déjà vécu ici». Et puis, s’affirmer parisien, cela peut dépendre aussi des interlocuteurs à qui on a affaire : «quand je croise des parisiens, je dis que je viens de banlieue, parce que pour les parisiens quand on vient de banlieue, c’est plus Paris, mais quand je suis à l’étranger je dis que je suis parisien». On simplifie et c’est vrai que dire que l’on vient de Paris est relativement plus vendeur, en tout cas à l’étranger, pour la France on y reviendra plus tard… On peut aussi devenir parisien «malgré» soi : « C’est les autres qui me font me sentir comme parisien, moi je ne me sens pas si parisien, des petits pics genre « ah quel bobo », des petits taquets verbaux comme ça de temps en temps».

Parmi les «parisiens», il y a ceux qui le crient haut et fort envers et contre tous et à deux doigts de porter un T-shirt «I love Paris» (si seulement cela faisait moins provincial) «je sais que les gens envient paris, ils critiquent mais ils envient, moi je préfère être du côté des gens qu’on envie, quitte à passer pour quelqu’un d’insupportable, que du côté de ceux qui envient». Et ceux qui ont une certaine tendance à la retenue lorsqu’ils parlent de leurs aventures parisiennes à des non-parisiens «quand tu dis que ‘Paris, c’est bien au final’, les gens ont tout de suite l’impression que tu te la racontes, que tu te vantes», allant jusqu’à critiquer les parisiens pour prendre leurs interlocuteurs dans le sens du poil «les gens voient les parisiens comme des gens qui ne savent rien faire de leurs mains, alors tu fais amende honorable, tu critiques, de toute façon le parisien qu’on critique c’est toujours l’autre». Ne parler que des côtés négatifs, à savoir le monde, le stress, l’horreur du métro, etc. pour ne pas passer pour le parisien typique ‘arrogant’. Il donc d’une certaine manière la honte d’être de Paris et de faire face à l’extérieur mais il y a surtout la honte de venir de l’extérieur et de faire face à Paris «de ma ville de province je pensais avoir un certain style, quand je suis arrivée à Paris, c’était une catastrophe, il a fallu que je m’adapte en refaisant ma garde robe», il faut dire que les parisiens ne font pas toujours de cadeau «à la fac à partir du moment où j’ai dit que je venais de banlieue, c’est à peine si les parisiens m’ont adressé la parole le reste de l’année», «ça ne sert à rien d’inviter mes amis parisiens chez moi en banlieue, pour eux, dès qu’on doit prendre le RER, c’est qu’on va à la campagne», «les provinciaux on les reconnait, ils en font trop, ils deviennent plus parisiens que des parisiens, ils sont insupportables».

Ce qui est sûr c’est qu’être Parisien, ça se travaille. Il faut s’adapter, développer des stratégies pour supporter le fameux «métro boulot dodo», des loyers exorbitants, la violence quotidienne de la ville. Les parisiens qui vivent le mieux la ville, ce sont ceux qui sur un point ou sur un autre ont eu de la chance «un ami m’a passé un super appart, je ne paye pratiquement pas de loyer», «je travaille en horaire décalé et j’ai mon scoot», «je travaille à mi-temps, du coup j’ai du temps pour moi et pour ma famille». Mais dans tous les cas, la loi du «marche ou crève» est reine. C’est le prix à payer pour rester parisien «de toute façon il n’y a qu’un parisien pour supporter Paris». Paris change les gens, c’est la ville qui veut ça «on reproche souvent aux parisiens de faire la gueule dans le métro mais en même temps on n’a pas le choix, on ne va quand même pas dire bonjour aux 10 000 personnes qu’on croise dans le métro» «moi une des premières choses qu’on m’a dite sur le métro pour ne pas avoir de problème, c’est ‘ne regarde jamais les gens, ne parle à personne’». Et puis, plus que des stratégies de survies, il y a le relationnel, Paris à ses codes. Des codes de langages, vestimentaires ou comportementaux : «on reconnait un parisien à sa façon de parler, il utilise des expressions qu’on ne retrouve pas ailleurs, tout part d’ici», «à Paris, on peut tout te pardonner à partir du moment où tu as du style», «une de mes amies qui est pas mal intégrée dans le milieu de la nuit m’a dit un jour ‘quand tu danses tu ne dois remuer que les épaules, rien d’autres, et il faut faire la gueule si tu veux te faire offrir des verres’». Alors on accepte ou on part, sauf quand on n’a pas vraiment le choix «c’était une connerie du gouvernement de tout centraliser sur Paris, le boulot c’est ici qu’il se trouve» «moi j’aimerais bien partir mais ma femme elle acceptera jamais de quitter Paris, ses petits enfants sont tous là».

Tout ça pour quoi finalement ? Pour la magie de Paris ! La beauté des lieux «j’adore traverser Paris la nuit en Vélib’ et voir tous les monuments illuminés» «mon meilleur souvenir, c’est quand je suis arrivée à Paris, la tour Eiffel sous la neige, c’était la première fois que je voyais la neige et la tour Eiffel» «ici, c’est comme si on était tout le temps dans un film». Mais aussi les possibilités que la ville offre au niveau culturel et loisirs : musées, expositions, restaurants, bars, clubs, il y en a pour tous les goûts, des choses que l’on ne pourrait pas faire en province ou à moindre échelle «quand je suis à Maison Lafitte, je regarde par ma fenêtre et je vois toutes les maisons résidentielles, c’est pas ça qui va m’attirer pour mettre le nez dehors». Ou encore, l’impression que l’on ne se lassera jamais de la ville «il y a toujours quelque chose à découvrir, une rue, un quartier, un nouvel endroit», «il y a trois façons d’aborder un immeuble, en passant d’un côté, en repassant de l’autre, et en se mettant sur le trottoir d’en face, autant dire qu’il faut une vie pour tout faire». Et bien entendu, la possibilité de se créer son petit univers, le «paris village» unique de chaque parisien que l’on retrouve dans chaque arrondissements de Paris finalement «j’adore ma rue, les commerçants me reconnaissent maintenant, ils me disent bonjour» «je viens tous les jours ici, des souvenirs, j’en ai plein ici». Et oui, Paris ce ne sont pas que des monstres incapables de communication. Ce qui m’a le plus surprise en discutant avec des touristes, c’est leur propre étonnement envers les parisiens «tout le monde m’avait prévenu que les parisiens n’étaient pas vraiment pas sympas, et bien que ce soit au restaurant ou dans la rue pour demander mon chemin, j’ai toujours été bien accueilli». Un petit effort encore et peut être qu’un jour les touristes ne viendront plus à Paris pour Paris mais pour les parisiens…

« Ne pouvoir se passer de Paris, marque de bêtise ; ne plus l’aimer signe de décadence »
Gustave Flaubert

 
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